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Innovation sociale : quels risques pour une start-up ?

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En se tournant vers l’innovation sociale, les start-up ambitionnent de devenir un remède pour la société. Pourtant, ce choix louable peut se révéler dommageable pour leur survie. Notre doyenne de la faculté et de la recherche, Fernanda Arreola, décrypte ce phénomène.

Les trois niveaux sur lesquels une start-up d’innovation sociale peut se concentrer

Ces deux dernières années ont vu un développement très important de l’entrepreneuriat social et des projets d’innovation sociale. Les start-ups qui en sont actrices se répartissent en trois types :

    Premièrement, elles peuvent proposer des modèles commerciaux socialement innovants. C’est le cas de Pixza, une pizzeria mexicaine qui vend des pizzas faites à 100% d’ingrédients locaux (notamment à base de maïs bleu) et qui embauche et réintègre socialement des personnes anciennement sans abri. Le cas pédagogique : Pixza : Integrative Social Innovation sera publié par Fernanda Arreola & Gregory Unruh dans la Thunderbird Case Collection, et utilisé dans le cours Innovation & Concepts dispensé dans les Master of Science (MSc) de ISC Paris
    Le deuxième type d’innovation sociale s’appuie sur la gouvernance des entreprises, c’est-à-dire la réglementation et la normalisation qui permettent à l’entreprise de prendre une décision en interne. Une start-up peut par exemple décider de fonctionner comme une coopérative en demandant à ses membres de prendre des décisions consensuelles avant de s’engager dans une activité stratégique.
    Le troisième type d’innovation sociale est centré autour d’un territoire. Le choix de sa délimitation implique la volonté soit de créer un impact local par l’intermédiaire d’un produit ou un service, soit d’encourager le développement d’une région en se spécialisant dans un secteur stratégique ou en crise, ou en embauchant seulement des personnes du territoire.

Innovation sociale : décryptage des dangers possibles

Cependant, s’engager socialement peut aussi signifier la réduction des chances de survie d’une entreprise. Dans un récent article de recherche, Fernanda Arreola et Sébastien Tran expliquent qu’un positionnement excessif et un “verrouillage” de l’innovation sociale peuvent devenir un obstacle à un modèle commercial viable pour les start-up. Cela s’explique par trois raisons différentes :

    Le manque de flexibilité imposé par un modèle d’entreprise, un territoire et un mode de fonctionnement prédéterminés.
    Le manque de ressources nécessaires à leur croissance. Ainsi, en se limitant à un seul territoire ou une seule zone, ces start-up se privent d’autres ressources précieuses pour leur développement.
    Le manque d’agilité que les modèles de gouvernance « alternatifs ou inclusifs » peuvent représenter pour l’entreprise. On peut imaginer que la recherche d’un consensus pour chaque choix peut priver une start-up de l’un de ses principaux avantages concurrentiels, à savoir le rythme ou la vitesse de réaction.

Comment surmonter ces défis ?

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Pour faire face à ces défis, les auteurs apportent quelques conseils clés :

    Les start-up doivent toujours avoir une vision claire de leur proposition de valeur et de la solidité de leur modèle économique. S’en tenir uniquement à l’innovation sociale et en oublier ces deux concepts ruinera leurs chances de survie, et donc la possibilité de faire le bien à long terme !
    Les start-up doivent s’inscrire dans des programmes d’accompagnement qui leur permettent d’observer avec objectivité un éventuel attachement excessif à un élément d’innovation sociale préjudiciable à son propre fonctionnement.