Dans un marché étudiant où l’alternance occupe de plus en plus de place, on pourrait croire que le stage traditionnel est passé de mode. Ce serait une erreur. Un stage, c’est une immersion totale sur deux à six mois dans un métier, un secteur, un style de management. Un stage, c’est aussi un terrain d’apprentissage que l’alternance, par sa nature plus contractuelle, ne permet pas toujours.
À l’ISC Paris, c’est précisément ce que défend Sara-Shanti Tamby, Responsable des stages pour l’ensemble du campus de Paris au sein du Career Center. Depuis son arrivée en septembre 2023, elle a structuré tous les processus stage de l’école, formé étudiants et équipes, développé plus de 500 entreprises partenaires sur la plateforme interne GRIMP. Et surtout, elle incarne un rôle essentiel : celui de médiatrice entre deux mondes qui ne se comprennent pas toujours.
« Les stages sont tout particulièrement formateurs pour nos étudiants. Ils leur permettent de découvrir des univers professionnels parfois méconnus, de développer leurs compétences techniques et interpersonnelles. »
Pour Sara-Shanti, un stage joue plusieurs rôles qu’il faut comprendre pour en tirer le maximum. D’abord, il expose l’étudiant à de nouvelles méthodes de travail et de management. Chaque entreprise a sa culture, ses outils, son rythme. Un étudiant qui multiplie les stages construit progressivement une vision large du monde professionnel.
Ensuite, le stage enrichit le CV d’expériences concrètes, mais aussi, et surtout, d’une crédibilité professionnelle qui pèse au moment de décrocher sa première alternance ou son premier emploi.
Enfin, un stage offre un cadre souvent moins engageant qu’une alternance qui s’inscrit, elle, dans un contrat d’un an minimum. Un stage de deux à six mois à temps plein permet de cibler précisément son développement professionnel, de tester un métier, de valider ou d’invalider un projet.
« En multipliant les stages, les étudiants s’enrichissent, et leur CV avec. Ils gagnent en compétences, en savoirs, en confiance aussi. »
L’une des erreurs les plus fréquentes des étudiants : croire que toutes les entreprises attendent la même chose. Faux.
« Les entreprises n’attendent pas la même chose d’un étudiant junior type Bachelor ou BBA, d’un étudiant plus senior en Master. »
Pour un étudiant junior, les entreprises attendent surtout un panel de soft skills : ouverture d’esprit, écoute, dynamisme, réactivité, capacité de compréhension des instructions, maîtrise de base d’outils techniques comme la Suite Office. L’idée n’est pas que le stagiaire arrive avec des compétences techniques pointues. C’est qu’il arrive avec les bons réflexes pour apprendre vite.
Pour un étudiant plus senior en Master, l’exigence monte d’un cran. Les entreprises attendent toujours les soft skills mentionnés, mais aussi un éventail de compétences bien plus techniques, acquises au cours des stages précédents, ainsi que des savoirs académiques spécialisés propres à la spécialisation.
Comprendre à quel moment du parcours on se trouve, et donc ce qu’une entreprise peut raisonnablement attendre d’un stagiaire comme soi, change fondamentalement la façon de candidater.
« La compétition s’est accrue cette année. La croissance des stages est exponentielle. »
Dans ce contexte, les erreurs qui ne pardonnent pas sont souvent les plus évidentes. Un CV trop générique. Envoyer le même CV à cinquante offres différentes avec la même lettre de motivation : stratégie perdante. Les Applicant Tracking Systems (ATS), ces outils qui filtrent automatiquement les candidatures avant même qu’un humain les lise, écartent la plupart des CV non adaptés à l’offre.
« Il faut bien reprendre sur son CV et dans sa lettre de motivation des mots-clés de l’offre, sans mentir sur sa candidature. Il faut aussi intégrer des verbes d’action pour bien mettre en avant ce qui a été fait et mis en place sur les expériences du CV. »
« Si ces conseils ne sont pas suivis, cela est problématique. L’étudiant doit garder en tête que c’est son rôle de décrocher un stage. »
Autre levier essentiel : les forums de stage que Sara-Shanti organise plusieurs fois par an.
« Les entreprises y gagnent car venir sur place permet de rencontrer sur notre campus des candidats, créer du lien, rencontrer les équipes y compris le Career Center, voir nos locaux, découvrir notre école et se projeter sur une collaboration éventuelle. »
Côté étudiants, c’est l’occasion unique de sortir du filtre impersonnel du CV. Derrière une candidature apparaît une personnalité. Derrière une offre apparaît une équipe, un environnement, une culture. Avant chaque forum, les étudiants sont préparés : tenue professionnelle, pitch, CV en main, posture.
Les partenariats que Sara-Shanti construit en continu alimentent ces événements : Lavazza, Vendôme Talent, et prochainement Patrimy sont parmi les entreprises partenaires récemment intégrées à l’écosystème. Chaque partenariat déclenche en cascade des interventions en cours, notamment sur les filières Luxe et Hospitality : des audits, des participations à des forums.
L’une des parties les moins visibles du métier de Sara-Shanti est aussi la plus importante : la médiation. Un étudiant qui ne comprend pas une consigne de son tuteur. Un tuteur qui ne sait pas comment formuler une attente. Un stage qui patine. Une entreprise qui propose une mission qui ne correspond pas à ce qui avait été annoncé. Un besoin d’extension de contrat. Une demande de pré-rupture. Toutes ces situations passent par Sara-Shanti.
« Vrai rôle de médiation entre les entreprises et les étudiants pour toute difficulté, conflits, besoin de médiation, ou d’échanges, parfois meetings de pré-rupture ou demandes d’extension de stage. »
Les étudiants attendent souvent beaucoup du stage. C’est leur toute première expérience longue en entreprise, pour la plupart. Les entreprises, de leur côté, ont des attentes qui ne sont pas toujours exprimées clairement. Faire le lien, désamorcer les tensions avant qu’elles n’escaladent, aider chaque partie à comprendre l’autre : c’est ce qui garantit qu’un stage se termine bien, ou qu’il reprenne sur de meilleures bases.
Pour les étudiants qui démarrent leur recherche, Sara-Shanti résume la méthode en quelques points.
Sara-Shanti ajoute un conseil souvent oublié à l’ère de l’IA : « Apprendre à faire une lettre de motivation. L’IA fait partie de nos vies, mais c’est important d’avoir son propre style. Le recruteur n’est pas dupe, lui aussi utilise l’IA et reconnaît le style ChatGPT. »
Le vrai travail commence au premier jour. « Écouter, poser des questions, faire preuve de patience, comprendre qu’on ne pourra pas tout apprendre ni comprendre dès le premier jour. »
Créer du lien avec son tuteur et l’équipe immédiate, puis avec l’équipe étendue. Travailler dur. Ne pas avoir peur de l’échec, mais se concentrer sur les missions confiées et les attendus.
« Même s’il y a certaines missions qui vous plaisent pas forcément, c’est pas grave. Concentrez-vous sur celles qui vous intéressent et surtout posez des questions. »
Un stage, c’est aussi un début de réseau professionnel. Un collègue d’aujourd’hui peut devenir, dans cinq ou dix ans, celui qui vous rappelle pour une opportunité à laquelle vous n’auriez même pas pensé postuler.
Multiplier les stages, ce n’est pas une case à cocher sur une maquette académique. C’est une méthode pour entrer dans la vie professionnelle avec de l’expérience, du discernement et du réseau.
« Effectuer plusieurs stages en entreprise permet aux étudiants de découvrir une variété d’univers professionnels, de secteurs, de méthodes de travail, de types de management, tout en développant des compétences techniques et interpersonnelles. »
À l’ISC Paris, l’accompagnement est pensé pour que chaque stage compte. De la présentation en début d’année aux ateliers CV, des forums aux outils d’entraînement, de la médiation à la relecture : l’étudiant n’est jamais seul.