Dans un marché du recrutement devenu très concurrentiel, l’alternance en entreprise s’impose comme l’un des parcours les plus efficaces pour entrer dans la vie active. Mais à quoi ressemble vraiment une alternance qui fonctionne ? Comment se construit la relation entre un étudiant qui démarre et le manager qui va l’accompagner pendant deux ans ?
Pour y répondre, nous avons réuni Sonia Lemoine, étudiante en Programme Grande École à l’ISC Paris, et Jérémy Jouanneau, son manager chez Hays, le cabinet de recrutement spécialisé présent dans de nombreux pays. Sonia est chargée de recrutement dans son équipe depuis deux ans, aujourd’hui sur le secteur de l’industrie. Jérémy dirige une dizaine de recruteurs qui travaillent sur les comptes stratégiques du cabinet. Témoignage à deux voix sur ce qui, concrètement, fait qu’une alternance en entreprise fonctionne.
Une alternance commence toujours par un match. Côté entreprise, il faut trouver le bon profil. Côté étudiant, il faut tomber sur la bonne équipe. Le reste suit. Sonia a été recommandée à Jérémy par la recruteuse Hays dédiée aux alternants. Un entretien a suffi.
« Dès le départ, très bon feeling. J’ai constaté une jeune femme tout de suite convaincante, déterminée. Ça permettait d’envisager la suite. » (Jérémy)
De son côté, Sonia a été frappée par la façon dont Jérémy parlait de son équipe pendant l’entretien : « Il parlait de son équipe comme de personnes à part entière, pas comme des collègues de travail mais comme une vraie team. Je me suis dit que je pourrais bien m’intégrer dans ce type d’équipe. » (Sonia)
Jérémy, lui, a été convaincu par la préparation de Sonia : « Elle avait un discours déjà très professionnel. Elle savait ce qu’elle voulait faire, dans quel environnement elle voulait travailler. Sa spontanéité collait bien avec l’environnement de l’équipe. »
Un match ne se décrète pas. Il se vérifie dès les premières minutes.
Chez Hays, la culture d’intégration est un marqueur fort. Sonia s’en est rendue compte dès les premiers jours.
« Chez Hays, c’est un peu la culture : on intègre rapidement les collaborateurs. Dès le début, je me suis sentie intégrée par l’équipe. J’ai pu parler avec tout le monde. On m’a montré très rapidement comment travailler, comment ils fonctionnaient. »
Ce qui l’a surprise, c’est la combinaison entre sérieux et chaleur dans l’équipe.
« Mes collègues sont très concentrés, très sérieux, mais aussi très souriants. Toujours dans le cadre professionnel, mais pendant les pauses, pendant les birthdays, on faisait des activités avant de se lancer dans ce type de travail, et c’était très souriant. Ils me mettaient à l’aise. À côté de ça, quand il fallait travailler, c’était très sérieux. Ils avaient des objectifs fixés et ils les atteignaient. J’étais quand même assez surprise, et ça me donnait envie d’aller plus loin. »
L’intégration n’est jamais un détail. C’est elle qui fait qu’un alternant trouve sa place ou qu’il reste en retrait pendant six mois.
Pour Sonia, qui venait d’un cursus initial à la faculté, le passage à l’alternance a été transformateur.
« L’école, contrairement à l’alternance, nous apprend à gérer notre stress par rapport aux examens et aux devoirs à rendre. Mais il n’y a pas de cadre professionnel, on n’est pas forcément sur le terrain. L’alternance nous permet de gérer nos priorités, d’échanger avec plusieurs interlocuteurs. Je dirais : gérer mes priorités, avoir un meilleur contact avec les collaborateurs et avec les interlocuteurs. »
Trois choses que la salle de cours ne peut pas simuler : la gestion du temps réel, le dialogue avec des interlocuteurs multiples, et surtout la responsabilité de ses propres résultats.
Jérémy a sa propre façon de résumer ses attentes.
« J’attends qu’il puisse s’intégrer parfaitement en termes de personnalité, de dynamisme, d’esprit d’équipe. J’attends de lui qu’il puisse prendre le poste à bras le corps. Et puis qu’il ait aussi cette patience d’être emmené petit à petit au niveau d’un chargé de recrutement confirmé en CDI. Donc cette curiosité, cette envie, et cette patience de pouvoir occuper le poste. »
Trois mots clés : curiosité, envie, patience. Les deux premiers viennent naturellement chez un bon candidat. Le troisième se construit dans la durée.
Jérémy insiste sur sa méthode d’accompagnement.
« On accompagne l’alternant en prenant le temps. En prenant le temps de passer étape par étape, en dialoguant très souvent, en le laissant faire sa propre expérience, ses propres erreurs, et puis ses propres réussites. »
L’erreur n’est pas sanctionnée, elle est intégrée au parcours d’apprentissage. C’est précisément ce qui différencie un stage ponctuel d’une véritable montée en compétences sur deux ans.
Une alternance se joue aussi dans un moment précis : celui où l’étudiant comprend qu’il peut prendre les choses en main.
« J’ai gagné en confiance dans mon alternance au moment où j’ai pu effectuer un recrutement de A à Z. Contacter le client, lui poser les questions nécessaires pour le poste, lui parler des candidats que j’avais à lui proposer, effectuer tout le processus. » (Sonia)
Depuis, elle a été transférée du secteur banque et assurance vers l’industrie. Un changement de division qui aurait pu la déstabiliser, et qui a au contraire renforcé son autonomie.
Elle est particulièrement fière d’une mission récente.
« C’est quelque chose que les consultants font habituellement, et pas forcément les chargés de recrutement. On appelle cela le « spec », pour spéculative. Une action commerciale où on contacte le client en lui envoyant un CV « pépite ». Grâce à ça, j’ai pu débloquer un besoin qui s’est très rapidement concrétisé. J’ai effectué l’un de mes premiers détachements en industrie assez rapidement grâce à ça. »
Un alternant qui porte une action habituellement réservée aux consultants, c’est la preuve concrète qu’une alternance peut aller bien au-delà des missions d’apprentissage.
Jérémy l’a observé de près.
« J’ai vu Sonia évoluer à partir du moment où on a pu trouver le projet sur lequel elle pouvait commencer. J’ai constaté qu’elle prenait les choses à bras le corps, avec un esprit de responsabilité et un esprit d’enthousiasme. »
Pour Jérémy, la distinction est claire.
« Le scolaire va se contenter de suivre basiquement un certain nombre de consignes. Celui qui va être terrain va chercher à répondre à un certain nombre d’objectifs qu’il se fixe lui-même, par rapport aux objectifs de la structure et par rapport à l’objectif de l’équipe. »
C’est précisément ce passage, de l’exécution à l’initiative, qui transforme un alternant en futur collaborateur.
Jérémy ne cache pas que l’arrivée d’alternants dans son équipe a aussi changé sa propre pratique de manager.
« Les jeunes aujourd’hui apportent à l’entreprise beaucoup de spontanéité, et beaucoup d’attente vis-à-vis de leur responsable, de leur manager. À juste titre. Ils sont en attente d’accompagnement, d’écoute, de formation. C’est quelque chose qui nous oblige à rester performants, proactifs, à jour vis-à-vis de tous les outils qu’on doit pouvoir leur apporter. Cette jeunesse nous oblige à rester bien à jour et bien ancrés dans le terrain. »
Un alternant exigeant produit un manager meilleur. L’inverse est aussi vrai.
Chez Hays, l’alternance n’est pas un à-côté sympathique. C’est une mécanique de recrutement stratégique.
« Un tiers aujourd’hui des personnes de mon équipe sont issues de ce système d’alternance. On a énormément de réussites grâce à ces personnes qui, à la fin, connaissent parfaitement la culture Hays et savent très bien y répondre. » (Jérémy)
Un alternant devient CDI dans un environnement qu’il maîtrise déjà, auprès de collègues qu’il connaît, sur une culture d’entreprise qu’il a intégrée pendant deux ans. Pour l’entreprise, c’est une forme de recrutement sans risque. Pour l’étudiant, c’est une trajectoire fluide vers son premier vrai poste.
C’est précisément le projet qui se dessine entre Sonia et Jérémy.
À la question du mot qui définit leur relation, ils tombent d’accord immédiatement : « Spontanéité. »
« Il n’y a pas de chichi, on se parle vrai, et ça fonctionne bien comme ça. »
C’est peut-être la vraie leçon de cette alternance. Un étudiant qui ose, un manager qui écoute, et un dialogue qui ne cherche pas à faire semblant.
« Ce que j’ai appris de Jérémy, c’est le fait d’oser, le fait de tenter et de ne pas s’arrêter à un échec. » (Sonia)
« Ce que m’apporte Sonia, c’est de rester totalement dans l’actualité, dans une énergie nouvelle que nous apportent les jeunes. Grâce à elle, je bénéficie quotidiennement de cet esprit. » (Jérémy)
À tous les étudiants qui se demandent s’ils doivent se lancer en alternance, la réponse de Sonia est directe.
« N’attends pas, fonce. Les études c’est bien, mais la théorie ne vaut pas la pratique. »
Jérémy est en phase.
« C’est le meilleur équilibre pour être prêt au monde professionnel. L’équilibre entre l’expérience d’étudiant et l’expérience terrain professionnelle est la meilleure des choses. »
Ce qui frappe dans ce témoignage croisé, ce n’est pas une méthode magique. C’est la banalité d’une alternance qui fonctionne. Un match initial honnête, une intégration soignée, des responsabilités données progressivement, et un dialogue qui ne cherche pas à masquer les erreurs.
Pour l’étudiante, c’est deux ans qui transforment une étudiante PGE en future chargée de recrutement en CDI. Pour l’entreprise, c’est un vivier qui vient alimenter un tiers des recrutements de l’équipe. Pour le binôme, c’est une relation professionnelle qui a commencé par un entretien, et qui s’écrit encore aujourd’hui.
Vous préparez votre alternance ou vous accueillez un alternant pour la première fois ? Regardez l’interview complète de Sonia Lemoine et Jérémy Jouanneau en tête d’article.
Pour aller plus loin, deux témoignages solos complètent ce regard croisé :